Une fois n'est pas coutume, je voudrais vous faire écouter cette chanson de Juliette, elle m'a saisie par le coeur un après-midi de rediffusion de l'émission "ça peut pas faire de mal" de l'ami Guillaume Galliène sur inter.

Cette chanson, c'est "heureuse" de Juliette:

juliette nourredine

 http://www.youtube.com/watch?v=ljQKBY2c98I

Ne vous y fiez pas pourtant, c'est une chanson douce amère sur le bonheur et la solitude, les petites choses qui vous rendent heureux, oui, mais qui sont aussi si fragiles.

Je vous recopie ici les paroles (de Pierre Philippe) :

S'extraire au petit jour de la torpeur du lit, 

Ouvrir grands les volets sur le vol des courlis, 

Faire du café très fort, le boire à la fenêtre, 

Respirer, expirer et se sentir renaître.

Se dire qu'il faudrait bien rentrer chaises et table

Mais attendre pour ça des temps moins délectables, 

Là, descendre au jardin crissant sous la gelée, 

Redresser les dahlias alanguis de l'allée


Ne pas lire le courrier, ne pas lire les journaux, 

Les jeter tout en tas au loin sur le piano

Puis verser dans le bain l'huile d'amande douce, 

Faire glisser le peignoir et sombrer dans la mousse, 

Déjeuner sur la nappe de fil d'Ecosse écru, 

Dans de l'ancien Moustiers, d'un peu de jambon cru, 

Passe-Crassane, Louise-Bonne, Duchesse d'Angoulême, 

Faire du choix d'une poire, un délicieux dilemme


Cueillir au bord du champ tout ce qui est violet

Scabieuses, asters, chardons, clématites à la haie

Et mêlant à ces fleurs des herbes de toutes sortes, 

Composer un bouquet pareil aux natures mortes

Puis prendre au vol un livre, tomber sur Le Clézio, 

Mais l'abandonner vite pour un roman idiot, 

Vers la tombée du jour, interroger les cartes, 

Éplucher quatre pommes pour en faire une tarte


Écouter dans le soir le long aboi d'un chien, 

Regarder sur les prés la brume qui s'en vient, 

Un instant deviner des présences invisibles, 

Frissonner et fermer cette maison paisible, 

Raviver d'une bûche le feu de cheminée, 

Le nourrir à minuit des lettres de Renée, 

Étendre enfin ce corps qui plus nul n'intéresse, 

Lui accorder sans honte quelque intime caresse


Et surtout oublier l'armoire à pharmacie

Où dort de quoi mettre un terme à ce grand bonheur

Dragées d'Anafranil à prendre quand viendra l'heure...

Éteindre, s'endormir et faire comme si.

 

Cette chanson est drôlement bien écrite aussi musicalement, elle me fait penser à un lieder (Shubert, Brahms, faîtes votre choix, je ne m'y connais pas tellement), les arrangements sont tout en finesse, le piano est un vrai plaisir, la mélodie mèle habilement douceur et mélancolie.

Une grande dame, une grande voix, cette Juliette!